Acheter d'occasion
Acheter d'occasion
Parmi les injonctions et les injections incessantes de mots accélérant l'appauvrissement du français, voici la « seconde main ».
En anglais, c'est plus court nous rabâche-t-on. D'abord en quoi plus court, ce serait mieux ? À part la stupide injonction à aller toujours plus vite pour être heureux, aucune raison n'est défendable. Au contraire nous prolongeons nos phrases avec des chevilles creuses telles que : C'est vrai que, en même temps, on va dire, euh-euh etc... pour gagner du temps et trouver nos mots !
Mais ici, seconde main, traduction de l'anglais second-hand, est plus long que d'occasion !
Louant cette clé de la salvatrice économie circulaire (qui n'est qu'une effroyable spirale infernale : elle est circulaire comme un pneu crevé...), les médias me servent de la seconde main jusqu'à en vomir. C'est qu'il s'agit bien sûr de booster doper, stimuler, soutenitentretenir, relancer, ranimer, réanimer, ressusciter etc., la consommation, cette effroyable consoumission. La planète, ou plutôt la vie, on s'en fiche éperdument (c'est la billot-diversité !)
C'est ainsi que les dressings penderies, garde-robe, vestiaires et autres armoires débordent à cause de la fast-fashion mode express ou éphémère !
Seconde main, traduction directe et récente de l'anglais second-hand ; on remerciera comme d'habitude la publicité, et donc les médias, sans oublier nos amis belges, encore plus impactés lobotomisés que nous par la pollution anglomane. Ainsi, par exemple, le site 2ememain a été fondé en 1999 comme l'un des premiers sites d'annonces en Belgique. On a noté (ouf ?) une touche de francisation : deuxième au lieu de seconde.
La conséquence est toujours la même : je n'ai plus que rarement... l'occasion... d'entendre le mot occasion ou alors, c'est vraiment... à l'occasion...
Et alors ? Me répond-on automatiquement à chaque fois que j'aborde le sujet. En quoi l'évolution naturelle et donc enrichissante de la langue serait-elle condamnable ?
Et alors ?
Hé bien, naturelle, vraiment ? Cette « évolution » que les observateurs professionnels de la langue dénoncent, imposée par rabâchage, matraquage ? Les coupables (les publicitaires et leurs employés, les gouvernants) ne s'intéressent aucunement à l'enrichissement de langue, mais plutôt à l'entretien d'un imaginaire du désir, moteur de la pulsion d'achat. Ça marche depuis fort longtemps, et de mieux en mieux ; et cela s'obtient en anesthésiant tout esprit critique par la diffusion et l'installation de schémas mentaux simples, par la réduction du vocabulaire, promouvant la simplification de la vie, la paresse, si bien exposés dans Le bonheur conforme - François Brune)
Ainsi, nous disons oui à tout, et régurgitons même les argumentaires vicieux des marchands, oublieux que la liberté, les enfants nous le montrent chaque jour, c'est dire non ! Ajoutons à cela une pincée de snobisme
Pour nous simplifier la vie, nous sortir du cauchemar préfabriqué de la complexité, de la fatigue, il suffit de simplifier la langue et donc la , constituée de... mots, ça alors ! Telle est la profession des publicitaires depuis toujours et des influenceurs de nos jours. C'est tellement pratique quand c'est automatique ! Et le badaud-perroquet est tellement influençable !
Car nous sommes naturellement porteurs d'un handicap savamment entretenu : la paresse !
Les loueurs de la seconde main, (qui ne freine en rien la première...) excellent dans leur spécialité ; ils profitent de l'aide volontaire du personnel politique ignare, concentré sur la prochaine élection, et surtout très motivé pour soutenir les startups les jeunes pousses, et aussi de la puissance abrutissante des influenceurs, efficaces contributeurs de cette décadence linguistique et sociétale.
En parlant d'occasion, se souvient-on de cette affiche Renault lors du lancement de la R5 à 5 portes : "Je me cinq-portes bien !"
Il aurait suffit d'écrire : "Tu te cinq-portes bien.!" pour que le jeu de mots soit parfait. Mais au mépris de l'orthographe grammaticale, c'est le travail de l'école qui est anéanti d'un seul coup de portière ! Naturelle l'évolution de la langue ?
Couper les ailes de l'orthographe
Quelle publicité sauvage et gratuite traîne donc dans les caniveaux, les fossés, les becques bleues ? Des bouteilles de Cristaline, des boîtes (canettes ?) de Coca (entre autres...) À quand une taxe pour la pollution de lalangue et une taxe pour pollution de notre environnement ?
Cristaline est une eau cristalline avec deux l, chargée de molécules de plastique et d'autres saloperies pour un prix cent fois supérieur en moyenne à celui de l'eau du robinet, qui certes très loin d'être parfaite, est infailliblement déclassée par la machine publicitaire (les séquences de publicité et les journaux télévisés) qui la diabolise habilement à haute pression et haut débit. les publicitaires ont de la bouteille !
Il résulte de cette pollution mentale qui coupe les ailes de l'orthographe et participe à la destruction du français, un effacement imparable et irréparable du travail des enseignants (ceux qui ne sont pas encore lobotomisés dans La France Illettrée...) ; et la publicité gratuite que se fait la marque Cristaline au pied des immeubles, et partout où le vilain consommateur jette les bouteilles de polyéthylène, ne fait que renforcer cette dévaluation de langue et de l'école.
