Le mystère de la pensée
Le mystère de la pensée
Le site Le dernier des mots tiquants ne s'intéresse pas à la correction de la langue pour le plaisir de la purifier, d'indiquer ce qu'il faut dire ou ne pas dire, comme s'y emploient des centaines d'auteurs1 sur la toile, recyclant les généralités et les exceptions d'une grammaire séculaire qui ne pourra ni s'enseigner efficacement ni se dépasser sans s'appuyer sur les travaux des centaines de linguistes qui tentent l'analyse scientifique de la langue depuis des siècles, et notamment le 20e. Non, ce qui nous intéresse, c'est d'échapper à cette anesthésie générale qui répand partout un nouveau français amaigri jusqu'à l'os. C'est de fuir cet Alcatraz mental dont les gardiens sont des perroquets.
Voilà un sujet récurrent de philosophie du Bac, qui reste à traiter :
Qu'est-ce que la liberté ? Pourquoi tendons-nous mécaniquement à répéter les publicitaires, plutôt qu'à produire une personnelle ? Et donc des actes personnels ? Pourquoi nous fondons-nous si douillettement dans la foule, au point de perdre notre capacité de décision ? Il me semble que la réponse doit beaucoup au reliquat de l'instinct de conservation, de survie de l'homo sapiens, que l'industrie mue en désir de confort, en paresse. C'est une piste déprimante, mais bien facile à vérifier.
À propos de production de la pensée, voici ce qu'en disent Catherine Douay et Daniel Roulland
Extrait de la conclusion du livre Théorie de la relation interlocutive
« Nous n'avons pas accès actuellement à ce qui se passe exactement en nous lorsque nous parlons. La parole semble venir de notre organisme avant que nous puissions être conscients des processus qui l'informent. C'est compréhensible dans la mesure où, pour être conscient de ce qu'il fait, notre organisme doit s'observer lui-même, et qui plus est, notre pensée consciente, qui permettrait de dire les processus en question,, est produite par les processus eux-mêmes qu'elle voudrait décrire. En gros, nous ne pouvons pas être conscients des processus qui font notre conscience, exactement comme l'œil ne peut pas se voir lui-même directement. »
Nous sommes persuadés que nous sommes maîtres de notre pensée ; c'est nous qui la produisons car c'est nous qui choisissons nos mots. Librement. Vous êtes sûrs ? En fait, nous puisons dans notre dictionnaire mental sans avoir conscience de choisir nos mots. On sait mettre en surbrillance les zones du cerveau sollicitées en fonction de nos activités conscientes ou automatiques. Mais personne n'a encore pu élucider le mécanisme de la . En fait, nous traduisons le produit de nos souvenirs, de nos sensations, de nos sentiments de nos particularités en discours oral... sans y penser. Les mots nous sont imposés par nos proches, nos lectures, mais surtout de nos jours par la méga-machine électronique qui façonne inéluctablement les esprits.
Dans son roman Sinouhé l'Égyptien (1945), Mika Waltari décrit froidement et en détail la crédulité des masses et leur lâcheté, qui permet aux prêtres et aux généraux de gouverner la société pour assouvir leur ambition et leur cupidité. J'y vois une satyre parfaite et intemporelle des sociétés humaines. L'histoire est bien un éternel recommencement.
Alors je nous prends aux mots ! Car on peut se réveiller et se mettre à choisir ! On ne se vante pas d'avoir lu Les travailleurs de la mer de Victor Hugo, ou Sinoué l' Égyptien. C'est un sport tellement plus exigeant que le Hyrox, l'Ironman ou le triathlon...qu'il a très peu d'adeptes, mais c'est pour la vie. J'ai choisi il y a bien longtemps de dire courriel et texto pour vous savez quoi. Inutile que je vous lance ce défi : mais en verrez,-vous l'intérêt, aurez-vous la force mentale de braver la ?.
Note 1. 200 linguistes sont cités dans la Théorie de la relation interlocutive de Catherine Douay et Daniel Roulland